Les Marécages du Prince
Vu dans la presse !


eleveuse et colley
Interview de Christine Bisconte « les Marécages du Prince »
 
1. Depuis quand avez-vous des chiens ? De quelle race ? Depuis quand avez-vous des Colleys ?
 


  Dès ma plus tendre enfance, je suppliais mes parents de bien vouloir prendre un chien. J’ai dû patienter jusqu’à l’âge de 14 ans pour enfin vivre au quotidien avec mon barbet. Ce chien, je l’ai gagné à la sueur de mes notes scolaires. Pour tout vous dire, mon père avait inventé un tableau blanc dynamique et redoutable. Le principe était simple, les bonnes notes faisaient apparaître le dessin d’un chien. Au-dessus de 14/20, une oreille émergeait, une truffe, etc. Entre 10 et 14, rien ne bougeait.En deçà, une partie était retirée.

 En réalité, il faut bien l’avouer, il fallait trouver un moyen de me motiver. En effet, petite,  lorsque l’on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais systématiquement : être un chien ! J’ai vite compris que cela n’était pas envisageable, et bien moins réalisable. Qu’importe, à défaut d’en devenir un, j’ai donc mis tout en œuvre pour en avoir un. Ce fut chose faite lorsque le destin mit sur ma route, tout juste sorti de la Spa, un joli barbet* au doux nom de Prince. Le barbet est donc à l’origine de ma vocation d’éleveur. Dix ans plus tard, vers l’âge de vingt-cinq ans, je faisais l’acquisition de mes premiers colleys.


* barbet : chien de chasse au marais à l’origine du caniche

 

2. Pourquoi avez-vous choisi cette race ?


Mon premier contact avec le colley fut un mâle sable. Il s’appelait Timour. Il appartenait à une amie de mes parents. Elle me le confiait tous les vendredis, pour le week-end. J’avais cinq ans. A l’époque, nous habitions Montpellier. J’ai donc été la petite maîtresse par intérim de Timour. Nous étions très complices. Il exécutait gentiment et volontiers les tours de chien de cirque que je lui apprenais. Les ordres étaient donnés dans une langue inventée par moi. Ainsi, personne ne pouvait comprendre.

Ce fût mon premier grand amour et, à n’en point douter, l’attirance que je porte à la race est basée sur ce lien. Ainsi, le jour où, adulte, j’ai vraiment pu sélectionner la race qui partagerait ma vie, mon choix s’est naturellement porté sur le colley. Par la suite, dans l’exercice de ma profession, au quotidien, au sein de mon entreprise de pension canine et toilettage basée en Seine et Marne, le Bois du Roy, ce choix s’est précisé. Aujourd’hui, il est confirmé.

En réalité, plus je connais et côtoie des chiens de toutes races, plus j’aime le colley. Il correspond, quasi en tout point, à mon idéal canin. Je m’amuse à penser que s’il n’existait pas, j’aurais essayé de l’inventer ! 
 
Le Bois du Roy, élevage de colley et pension chiens chats en Seine et Marne (77), Chaumes En Brie

 

1987: achat de la propriété de 4 hectares le Bois du Roy à Chaumes en Brie en Seine-et-Marne

 



 3. Depuis quelle année êtes-vous membre du Club ?



Depuis la présidence de Monsieur et Madame Robigo. A l’époque, Monsieur René Moli était Président d’honneur - élevage de Cabrenysset. Cela fait donc… un petit quart de siècle que je reçois, avec toujours autant de plaisir, la revue du Club !  



4. Depuis quand élevez-vous ? Qu’est-ce qui vous a décidé à devenir éleveur ?


Prince, le premier chien vraiment « à moi » est arrivé de la Spa lorsque j’avais 14 ans. C’était un barbet. Je l’ai inscrit à Titre Initial. Quelques années plus tard, la chance et le destin ont mis sur ma route une femelle noire de la même race, Serynoire. Elle est à l’origine de ma première portée. En  1983, douze chiots, nés et élevés dans mon studio de 15m2… Une douce folie, qui m’a valu quelques problèmes de voisinage. Je me souviens aussi avoir pleuré à chaudes larmes à chaque départ de chiots. Heureusement, avec le temps on s’endurcit.

C’était l’année des « U ». Je ne savais pas, à ce moment-là, que vingt ans plus tard, en 2003, je connaîtrais une autre année des « U », avec un élevage de colleys !
J’ai participé à ma première exposition canine à l’âge de dix-sept ans. Pour l’anecdote, je me suis trouvée toute penaude lorsque le juge, Monsieur Servier, m’a demandé de lui montrer les quenottes de mon chien. Je ne connaissais absolument pas la signification de ce mot. On m’avait dit que le juge vérifierait les dents et les testicules. J’ai hésité un instant, puis, rouge écarlate, j’ai fini par opter pour la bonne partie anatomique du chien. Je me régalais déjà sur les rings, en exposition avec mes barbets.

Ils m’ont offert de belles victoires, plus de 100 CACIB, des titres de champions du monde, Best in Show, etc. Il est vrai que la concurrence n’était pas rude, mais l'essentiel était là : mon destin se dessinait. Cette expérience m'a inoculé définitivement le virus de l'élevage. Je déployais désormais toute mon énergie à trouver une propriété digne d'accueillir mes nouveaux amis, à la campagne.
elevage colley
5. Quelle est l’origine de votre affixe ? En quelle année vous a-t-il été délivré ?

 

J’ai demandé et obtenu mon affixe en 1983. En relation avec le barbet, chien du 8ème groupe rapporteur de gibier d’eau, je proposais comme affixe les Etangs du Prince et les Marécages du Prince.Vous l’aurez sans doute compris, en l’honneur de Prince, mon premier barbet. Vous connaissez la suite...

 

6. De quel élevage venait votre premier chien ? Avez-vous continué à élever dans cette lignée ?
eleveuse avec colleys sables

1992 : Christine en promenade au Bois du Roy avec Satine, Edward, Hawaï et Gold’N’Delicious
En 1986, je me suis installée sur quatre hectares de terrain à Chaumes en Brie. Avec la ferme intention de réaliser mon rêve : créer un élevage, une pension pour chiens, pour chats, et un salon de toilettage. J’ai acquis mes premiers colleys en 1986, auprès de l’élevage des Près Lassie. J’étais toute fière de démarrer mon propre élevage. Ma joie fut de courte durée… Vous ne pouvez pas imaginer ma déception lorsqu’un spécialiste m’a appris que j’avais tout faux !

A ce moment précis, je réalisais que je n’y connaissais rien, qu’il fallait apprendre et me former avant d’élever cette race. Dès lors, ma stratégie a consisté à visiter beaucoup d’expositions et d’élevages. En France, mais aussi en Hollande et en Angleterre. Cela m’a donné l’opportunité de connaître d’autres passionnés, certains sont d’ailleurs devenus des amis. J’ai commencé à acheter mes premiers beaux sujets colleyschez Chantal Delhumeau. Son élevage de Florange, sans doute le meilleur à l’époque, a malheureusement  disparu. En 1989, je cherchais un étalon sable pour mes femelles issues de Florange.

J’organisais donc un voyage en Angleterre en quête de mon futur étalon. J’en suis revenue bredouille. Aucun des chiens proposés lors de mon périple britannique ne m’a séduit
e. De retour par Calais, je fis un saut chez Liliane et Michel Tassart, élevage de la Bergerie des Quatre Vents. J’avais eu l’occasion d’y repérer Edward*, un colley d’un an. Il a fallu deux mois de réflexion à Liliane et Michel Tassart avant de me céder Edward, se consolant de la présence de Vladie et Emilie Jolie, mère et sœur d’Edward. Je ne les remercierai jamais assez.

Je sais, aujourd’hui, combien il est difficile de se séparer d’un chien que l’on a élevé depuis sa naissance ! J’ai eu le plaisir de conduire Edward aux titres de champion de France, international et du monde, en 1991. Edward aura été un reproducteur fabuleux, la base de mon élevage. Il était en accord génétique excellent avec mes femelles de Florange issues de Jamesfair We Willie Winkle.
 
 
* Edward : petit-fils du célèbre Ch. Brilyn Supertramp
les Marécages du Prince, elevage de colley
Ch. Edward de la Bergerie des Quatre Vents (à droite)
et sa fille Ch. Great Satin Doll des Marécages du Prince (photo Roland Pic)
En tricolore, ce sont les lignées Mybern qui m’ont permis de progresser. Les élevages Maranick et Lynaire sont les fondations de mes lignées bleu- merle. On retrouve des chiens issus de ces lignées dans les pedigrees de mes colleys. Ils sont la base solide de ma « construction élevage » actuelle. Je suis toujours très émue de penser à eux, ils sont  les véritables acteurs du film des Marécages du Prince
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Ch. Maranick Mr Frosty né en 1994 (Ch. Troydon Tonni Black x Chantilly Lace)
Photo Roland Pic
7. Combien de chiens avez-vous ? Comment vivent-ils (chenil, maison, jardin, parc…) ?
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3 couleurs aux Marécages du Prince :
de gauche à droite :   La Petite Sirène, Jungle Star et sa fille Ma Sœur Anne
photo Roland Pic
Une quinzaine de colleys vivent à l’élevage. C’est trop à mon goût, mais il est très difficile de rester raisonnable, surtout lorsque l’on élève les trois couleurs. Les chenils sont réservés aux chiens de la pension. Les colleys, eux, se partagent mon bureau et les divers locaux qui leur sont réservés, y compris les logements des apprentis. Les sorties se font dans les parcs (herbe ou gravier). Il y a un parcours d’Agility dans le bois attenant à l’élevage. Par roulement, deux à quatre colleys partagent notre vie de famille. Ils vont à Paris dans la clinique vétérinaire où exerce mon compagnon Olivier. Là-bas, leur activité favorite consiste à se laisser caresser par la clientèle. Le sofa leur est également réservé, du moins, c’est ce qu’ils pensent !

En 2008, nous avons acheté un camping-car. Avec ravissement, la majorité de la meute est devenue camping-cariste. Nous partons plusieurs fois par an en expédition-vacances, ou en exposition. Deux, voire quatre colleys nous accompagnent à chaque voyage. Cela vous donne donc une idée de leur qualité de vie !
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Angie et Touch au volant du camping-car en Autriche en 2009
8. Vous considérez-vous comme un élevage familial, amateur, professionnel ?

 

En France, légalement, toute personne élevant plus d’une portée par an est professionnelle, quand bien même elle travaille par ailleurs.  Cela l’oblige, en théorie, à avoir un numéro de Siret et à déclarer au fisc la vente de ses chiots. Dans la mesure où j’ai plus d’une portée par an, je suis déclarée, je paie TVA, taxes et impôts divers… Donc, disons, d’un point de vue légal, alors oui, mon élevage est professionnel.

Toutefois, en matière d’élevage, un paradoxe est à déplorer : plus vous le faites bien et plus vous perdez d’argent. Au sens de la recherche de rentabilité et de profits, mon élevage est amateur. Quand l’élevage rime avec passion, il ne rime pas avec raison, c’est bien connu. J’ai plutôt l’impression d’être une professionnelle qui vit sa passion en famille, et en amateur au sens littéral, qui aime !



9. Combien avez-vous de portées par an ?


 C’est variable, de quatre à huit par an, en général. Aux portées des chiennes vivant à l’élevage peuvent s’ajouter, éventuellement, les portées de chiennes placées sous contrat, c’est-à-dire vivant chez des propriétaires et reproduisant sous mon affixe.
chiots colleys
Chiots nés en 1993
 Les deux sables sont des filles d’Edward et leurs mères issues de Florange.
A gauche Illary, au centre Ch. Ile-de-France des Marécages du Prince
10. Quel est le rythme des portées pour les chiennes reproductrices ?
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She’s The One des Marécages du Prince (Ch. Sandiacre Saved By The Bell x Amalie Miss Forum)
Photographiée à 2 mois par Roland Pic


 
Mes chiennes sont des chiennes modernes. Très peu restent au foyer. La plupart ont une carrière en exposition à réaliser avant toute maternité. Par exemple, le titre de champion international sera obtenu après la victoire de 4 CACIB (dans trois pays différents), avec un écart obligatoire minimum d’un an entre le premier et le dernier. Le premier ne peut pas être gagné avant l’âge de 15 mois. Pour peu que la chienne entame une mue à ce moment- là… Pour commencer le titre, on perd encore plus de six mois en attendant la repousse. Un an de plus à attendre pour le finir. Si on veut qu’elle soit recommandée par le Club, cela ne se fera qu’en avril à la Nationale. Alors, pas de bébés avant, car nos chères mamans « se déplument » pendant de longs mois après le sevrage des chiots.

C’est pourquoi de belles championnes comme Top Model  ou Arrogante Amazone des Marécages du Prince  n’ont eu qu’une portée dans leur vie.  Certaines ne sont pas faites pour les shows, refusant de se mettre en valeur. Il arrive également d’avoir plusieurs belles chiennes susceptibles de concourir en même temps et de devoir faire des choix. Dans ces deux cas, nous aurons davantage le loisir d’avoir des bébés avec de telles femelles. Cela s’est produit avec la superbe She’s The One des Marécages du Prince.  Elle a d’ailleurs été Colley d’or en catégorie reproductrice en 2007 et en 2009. A l’âge où elle aurait pu être sortie sur les rings, elle était en concurrence au sein même de l’élevage avec les futures championnes Simply An Angel, Sirène du Mississippi, Satisfaction Guaranteed et Sexy Sadie des Marécages du Prince, toutes nées en 2001. Là encore, il aura bien fallu faire des choix.  Même aventure pour la belle bleue Lynaire Vision of Love. Elle n’a jamais mieux fait que RCACIB, mais aura eu le temps de nous offrir 5 portées, soit une par an, de l’âge de trois à sept ans. A l’élevage, c’est un record.

En règle générale, et pour leur laisser le temps de souffler, au minimum une année de repos est nécessaire entre deux portées ou une période de chaleur sans saillie. Il y a des chiennes qui sont mieux psychologiquement et physiquement après une maternité. D’autres, au contraire, risquent d’avoir le dos ensellé, le poil ondulé, l’œil éteint par la fatigue. La plupart du temps, je ne prends pas de risque et privilégie les expositions avant toute reproduction.
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Lynaire Vision of Love (Jopium Touch of Darkness x Lynaire Blue Lace)
 et Ch. Satisfaction Guaranteed des Marécages du Prince (Lynaire
Silver Josh
x
Obstinément Belle des Marécages du Prince)

11. Que recherchez-vous dans vos alliances ?


Mes objectifs ont changé en vingt-cinq ans de pratique. La race a évolué. Beaucoup de grands élevages  piliers ont disparu. La popularité de la race n’est plus la même. La diversité génétique et le pool de grands étalons sont très différents. Il faut donc s’adapter à tous ces paramètres pour continuer à produire correctement.

Durant ces dernières années, j’ai essayé de ne pas régresser. Je me suis efforcée de conserver ce que j’ai eu le plus de difficultés à acquérir, à savoir, de belles constructions. Pour obtenir un beau chien, quelle que soit sa race, certains ingrédients sont indispensables : d’excellentes angulations et aplombs ainsi qu’une superbe sortie d’encolure. Ensuite, ce n’est pas très difficile d’avoir une belle tête et expression. Même si certains détails de la tête me paraissent plus compliqués que d’autres à obtenir. Par exemple, un menton bien marqué ou des yeux en forme d’amande. Je recherche de l’élégance et de belles allures avec un fier port de tête.

Tout ceci s’explique peut-être par mon amour inconditionnel pour les chevaux pur-sang arabes. Je suis en effet capable de rester des heures à les contempler, tant leurs trots me donnent l’impression qu’ils « volent». Cela me fait un effet comparable quand je vois un chien « bien construit » se déplacer avec aisance et légèreté, avec une excellente poussée arrière et une bonne prise de terrain. Et quelle corrélation flagrante entre une superbe construction en statique et le mouvement qui va s’en suivre aux allures. On peut deviner que le mouvement va être spectaculaire, et ce, avant même que le chien ne se mette en déplacement, si toutefois ses angulations et sa conformation sont au top ! J’aurais donc beaucoup de difficultés à utiliser en reproduction un sujet mâle, ou femelle, ne possédant pas des qualités minimales de construction. Il en va de même pour l’encolure, une jolie tête posée sur un corps sans cou ; il est évident qu’il manque un morceau au puzzle.                                              

J’ai remarqué que chaque éleveur a ses obsessions. Pour certains, ce sera les oreilles lourdes. Pour d’autres, le crâne, qui doit être bien plat. Pour moi, c’est l’expression, l’encolure et les angulations. Sans oublier le caractère, mais cela va de soi. A quoi servirait de produire de beaux chiens s’ils sont peureux et inaptes à une vie de famille. D’ailleurs, je crois qu’un peu plus de rigueur à ce sujet permettrait à la race de redorer son blason. Mais c’est un autre débat !
colley
Ch. Djack Bauer des Marécages du Prince (Perishell Arabien Mistery x Blue Bell du Clos de Seawind)


12. Quelles qualités recherchez-vous chez un étalon ? Chez une lice ?

 

Pour ma part, j’accorde autant d’importance au choix des étalons qu’au choix des lices. Quel intérêt y a-t-il à faire reproduire une lice de peu de qualités avec un beau champion ? Qui plus est si elle dispose d’un pedigree qui n’apporte rien ! Bien souvent, lorsque l’on voit un beau sujet, on a tendance à poser la question : « c’est le fils ou la fille de qui ? » Sous-entendu : « qui est le père ? » C’est oublier que l’héritage génétique provient à 50 % de la mère. C’est bien elle qui porte et éduque les chiots. Durant quasi quatre mois, deux de gestation et deux de sevrage, ils vont absorber comme des éponges les attitudes, les émotions, le comportement de leur mère.

Bien qu’il n’y ait qu’un standard pour cette race, on peut trouver des types très différents, surtout en tête. Ainsi, les éleveurs ont l’habitude de parler de type ancien et de type moderne. Je n’évoque pas ici le type américain, il est souvent hors standard, avec des chiens trop grands, pourvus de têtes longues, étroites et sans stop les distinguant des colleys français. Cela n’empêche pas quelques juges étrangers de faire gagner le type américain, oubliant trop souvent le standard britannique. Là encore, c’est un autre débat !

Pour ma part le type moderne me séduit. Des têtes modérément longues, un stop perceptible, correctement placé, avec, si possible, de jolis yeux en amande. J’essaie d’utiliser des étalons de ce type, pourvus de bonnes qualités de construction et d’encolure, dotés, bien sûr, d’un caractère équilibré. L’étude du pedigree est aussi primordiale. On obtient plus rapidement des résultats escomptés en consanguinité, mais on est sur un fil. Il existe un risque accru de voir apparaître diverses pathologies latentes avec des effets sur la santé et sur le caractère. De fait, il faut être solide pour assumer ses responsabilités d’éleveur lorsqu’un chiot atteint d’une pathologie naît dans une portée. J’ai toujours en tête le respect de l’animal. Cela vaut également pour le futur propriétaire. En se rendant à l’élevage, sa démarche initiale consiste à acquérir un compagnon. Elle ne doit pas aboutir à vivre des années de galères et de soucis avec un chien à problème.

Pour ma sélection, je regarde tout, sauf le collier blanc et les titres en expositions ! Je cherche les reproducteurs en phase avec mes objectifs et mon idéal. Je m’attache particulièrement aux pedigrees. Un beau chien, avec un pedigree quelconque, retiendra moins mon attention qu’un chien moins typé mais disposant d’un pedigree concentré en chiens intéressants. Il y a des chiens qui paraissent plus ordinaires au premier abord et qui sont, en réalité, de très grands raceurs…

Quand je fais une portée avec une chienne comme Ch. Arme Fatale des Marécages du Prince, je suis en confiance sur ses qualités de reproductrice : on peut parier sur son potentiel génétique intéressant. Elle est en effet issue d’une portée génératrice de deux très jolies sœurs : Amour et Tendresse et Ch. Angie Blonde. Pas surprenant de trouver de grosses qualités chez ses descendants, Ch. Dancing Queen, Evanescence,  Dirty Dancing, Delicate et Saine et Ch. Divine Comédie. Il y a aussi des chiens qui servent de tremplin pour accéder à des objectifs. D’autres encore peuvent être utiles à l’introduction d’éléments recherchés dans son élevage, mais non encore présents.

Etre éleveur, c’est être alchimiste avant tout. C’est avoir une extrême connaissance des chiens qui composent les pedigrees et bien assimiler le standard. Etre éleveur n’a jamais consisté à utiliser le dernier étalon à la mode, sans tenir compte de ce qu’il va apporter, ou enlever, comme qualités et défauts à sa progéniture.
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Ch. Arme Fatale des Marécages du Prince  
(
Ch. Robbie Williams
From Samhaven x She's The One des Marécages du Prince)


    13. Suivez-vous la politique du Club (grille de sélection, tests de dépistage…) ?
J’ai tendance à dire « les qualités génétiques de mes reproducteurs ne vont pas changer le lendemain de la Nationale d’Elevage parce que le chien aura reçu la cotation du Club de race ! » Cependant, je me prête volontiers au jeu. Je participe tous les ans à la Nationale d’Elevage, comme d’ailleurs à un certain nombre de Spéciales et de Régionales d’Elevage du Club. Je participe également au Championnat de France de la Société Centrale Canine, mais aussi à de nombreuses expositions internationales à l’étranger. Les chiens passent aussi le test de caractère, une vingtaine de chiens de l’élevage ont réussi le CANT sur troupeau. En 2007, notre étalon Ch. Robbie Williams a gagné le CAC à la Nationale d’Elevage avec 100/100, meilleur test de caractère des mâles présentés cette année-là. En même temps, sa fille Ch. Arme Fatale obtenait 100/100 à ce même test.

Au niveau des tests de dépistage, je fais tester les hanches et les yeux, y compris ceux des chiots. Mes reproducteurs ont également leur carte ADN et leur test MDR1. Je ne suis pas convaincue par l’utilité et la fiabilité de tous ces tests, disons, je le fais par principe de précaution. Je suis très consciente des problèmes d’interprétation de certains examens. Je fais examiner tous mes chiots depuis le début de l’existence des tests de dépistage des tares oculaires par le même vétérinaire agréé. Sa grande expérience est un atout certain. Cela n’empêchera cependant jamais les mauvaises surprises auxquelles tout éleveur peut être exposé. Pour illustrer ce propos, je citer
ai un  chiot vendu avec un certificat « indemne d’AOC* » qui s’est avéré être malvoyant ! Le problème ne venait pas de la qualité de l’œil lui-même, mais de la connexion nerveuse du nerf optique. Cet exemple tend à prouver que la sélection et les dépistages ne nous mettent pas à l’abri des incidents de parcours. Toutefois, multiplier les tests accentue nos chances d’avoir le moins de problèmes possible. Je ne me sentirais pas à l’aise en faisant de l’élevage de façon aveugle, c’est-à-dire sans savoir où en sont mes reproducteurs au niveau des tares potentielles. C’est un fait bien constaté de voir certains éleveurs, souvent débutants, se focaliser au mépris du bon sens uniquement sur une tare pour élever (recherche de sujets MDR1++ par exemple).

En élevage, il faut tenir compte de tous les paramètres. De la couleur de la truffe à la position de la dernière vertèbre caudale par rapport au jarret, sans oublier le caractère et la santé. Tout est question d’équilibre, le bon dosage en quelque sorte. En France, nous avons la chance que le Club nous laisse une assez grande souplesse dans notre action. J’ai connu la triste époque où il fallait faire un examen ERG (électrorétinogramme) pour obtenir le titre de recommandé. Le mieux est l’ennemi du bien, c’est bien connu. Il a fallu stopper cette expérience. La race en a malheureusement beaucoup pâti. Les problèmes de santé et d’interprétation des examens ne sont pas simples à appréhender. La problématique est d’ailleurs fréquente dans bien des races, avec parfois des conséquences beaucoup plus lourdes !

* AOC : anomalie de l’œil du colley

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 Ch. Robbie Williams From Samhaven (Ch. Tour de France des Marécages du Prince x Samhaven Charmed)
CAC et meilleur test de caractère de la Nationale d’Elevage sous les jugements d’Ann Hollywood


14. Quels sont pour vous les points du standard les plus importants ?



J’ai choisi des extraits du standard, sans rien y ajouter. De mon point de vue, ils résument l’essentiel : « Le Collie, aucunement craintif, doit séduire par sa grande beauté. L’expression est des plus importantes. Les yeux, disposés quelque peu obliquement, en forme d’amande, constituent une caractéristique très importante puisqu’elle donne au chien une expression de douceur. L’allure est caractéristique de cette race. Un Collie qui a de bonnes allures n’a jamais les coudes sortis. Pourtant, en action, ses pieds antérieurs sont relativement rapprochés. Il ne doit absolument pas tricoter, croiser, ni rouler dans ses allures. Les membres postérieurs sont puissants et donnent beaucoup d’impulsion. Quand le chien est en action, le fouet peut être porté gaiement, mais jamais sur le dos ». 


Ces qualités listées, comment expliquer la présence de tant de chiens sans encolure sur les rings ? De chiens craintifs ? D’épaules droites, avec le mauvais mouvement qui les accompagne ? Je crois réellement qu’il y a un manque de formation des éleveurs. Personnellement, l’apprentissage de l’avant-main a été le plus long à appréhender. Cela étant dit, je n’ai pas la prétention de croire tout connaître. Je progresse et c’est captivant d’avoir toujours à apprendre après vingt-cinq ans d’élevage. Pourquoi y a-t-il si peu de colleys qui parviennent aux titres de Best In Show, voire au titre de meilleur chien du groupe 1 ? Quand je vois les allures sur les rings d’honneur de cousins proches, comme le bearded collie ou le berger australien, pour ne citer qu’eux, je me dis pourquoi pas nous ?


Pourtant, notre standard et la morphologie supposée du colley permettent à la race de belles allures bergères, du moins en théorie. Il est vrai que les rings exigus et aux sols glissants ne permettent pas toujours de juger de belles allures. Suis-je la seule à avoir dû subir le regard moqueur d’un éleveur de bearded collie bien connu et habitué aux Best In Shows dans le ring d’honneur ? Ce dernier ne se cache d’ailleurs pas pour dire haut et fort : « ce n’est pas demain qu’un colley battra mes chiens aux allures ». Pourtant, ce n’est pas mission impossible. Mon étalon Ch. Don’t Let Me Down des Marécages du Prince a déjà gagné plusieurs groupes. Il tient ses belles allures de son père Ch. Samhaven Time Will Tell qui a le trot d’un pur-sang arabe ! Sa fille, Falling From Grace des Marécages du Prince, est déjà sur ses traces. C’est donc possible de fixer ces qualités, si l’on veut bien s’en donner la peine. On pourrait ainsi redorer le blason de la race. Des spectateurs, toujours très nombreux aux bords du ring d’honneur, pourraient retenir le colley dans leurs futures intentions d’acquisition. Quel programme ! Ce n’était qu’un extrait du standard… de quoi toutefois occuper plusieurs générations d’éleveurs !
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Falling From Grace des Marécages du Prince, 11 mois (photo Fleur Veyrunes-Agoutin)


15. Quels sont les sujets provenant d’autres élevages que vous avez particulièrement admirés ?


Dans la catégorie des colleys sables, j’ai eu la chance de pouvoir admirer Jamesfair We Willie Winkle, Bhyllsacre Make Mine Macho, Geosan Flashback at Mallicot et Timeless Twilight's Fame or Fortune. Mais aussi de nombreux Samhaven : Addiction, Forgotten Dream, Made In Devon, Moët et Coral. Ou encore de beaux Brilyn comme Misty Shadow, Solid Gold et Sandiacre Sacre Bleu. Il y eut également un grand coup de foudre pour Pepperstone Piccolino. J’avais presque réussi à l’acquérir. Je l’ai présenté à Crufts. A la dernière minute, sa propriétaire a changé d’avis ! Je me suis consolée en achetant sa fille Amalie Miss Forum, un pilier de mon élevage.
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Amalie Miss Forum ( Pepperstone Piccolino x Amalie Designed With Love )
“Pikachu” née en 2000, aujourd’hui heureuse retraitée !
photo J.C. Agoutin
Dans la catégorie tricolore, je citerais Ch. Mybern Merideon, Troydon Carisma, Brilyn Black Inspiration, Sanside Soul Brother, Amalie Best Bitter et Samhaven Time Will Tell.

Dans la catégorie des bleus, Maranick Moondust et son frère Moonwalker. Ils m’ont donné l’envie d’élever des bleus. J’ai eu la chance de connaître également Lynaire Kraftwerk. Mais aussi, d’autres merveilles comme Lynaire She’s A Model et de beaux Troydon. Plus récemment, le jeune et très prometteur Samhaven Mr Cooper.
colley 

La jeune Fashion Victim des Marécages du Prince.
On retrouve, dans sa généalogie, beaucoup de chiens cités dans cette interview :
  Mybern Merideon, Samhaven Time Will Tell, Maranick Mr Frosty, Sanside Soul Brother,
Night And Day des Marécages du Prince, Lynaire She’s A Mode, Samhaven Contradiction,
Lynaire Vision of Love, Ma Sœur Anne de la Vallée des Noyères, Pelido Forgotten Dream….

(Photo Fleur Veyrunes-Agoutin)


16. Parmi les étalons extérieurs que vous avez utilisés, lesquels vous ont apporté le plus de satisfactions ?


J’ai eu la chance d’avoir des descendants de Super Cool of Slatestone, père de mon étalon tricolore né en 1997 Ch. Night And Day des Marécages du Prince. Le beau sable charbonné produit par Claire Cadot Esquire of Everblue fut le grand-père de Night And Day et le père de Ch. Jurassic Lover des Marécages du Prince.
colley tricolore elevage les marecages du prince
Ch. Night And Day des Marécages du Prince
(Super Cool of Slatestone x Joy of The Night des Marécages du Prince)
J’ai également utilisé les deux frères Just Mine Dog et Just Mine Macho de Karlisa. Ils m’ont respectivement donné les championnes Nightfall, Noblesse Oblige, Obladi Oblada et La Petite Sirène des Marécages du Prince. L’étalon bleu, Lynaire Silver Josh, est le père des champions Sirène du Mississipi, Satisfaction Guaranteed et Shame And Scandal des Marécages du Prince. Rhum Coca de la Ballotine, allié à la sublime Lynaire Vision of Love, produira Velvet For Everblue des Marécages du Prince et le champion Vertige de l’Amour des Marécages du Prince. Ils font de beaux bébés dans leurs élevages d’adoption en France et en Allemagne. Plus récemment, les tricolores Ch. Samhaven Time Will Tell et Perishell Arabien Mistery m’ont permis de progresser dans leur couleur et également en bleu. 


Les chiens les plus marquants auront été ceux achetés et utilisés à volonté comme étalons de l’élevage. Ils ne sont plus de ce monde, mais tellement présents dans les veines de leurs descendants. Il s’agit du sable, Ch. Edward de la Bergerie des Quatre Vents, père de ma première championne Great Satin Doll, d’Ile-de France, d’Indie Blonde et de bien d’autres.
colley sable elevage les marecages du prince

 

Ch. Indie Blonde des Marécages du Prince, championne de France 1999,
(Ch.
Edward de la Bergerie des Quatre Vents x Flaming Jenny des Beldones)
Photo Roland Pic
Egalement le bleu Ch. Maranick Mr Frosty (Ch. Troydon Tonni Black x Maranick Chantilly Lace), père de Ma Sœur Anne de la Vallée des Noyères, actuellement  présente dans les pedigrees de mes plus beaux bleus et tricolores.
colley bleue elevage les marecages du prince
Ma Sœur Anne de la Vallée des Noyères, photo Roland Pic
Autre import, Ch. Samhaven Contradiction appelé Logan. Ecrire son nom  est encore douloureux. Il y a des disparitions dont on ne se remet jamais. Logan est le père des champions Tainted Love, Take A Bow, Un Amour de Jeunesse, Tour de France*. Il est également le père de la championne Volcanique et Satanique et de son frère Ch. Viking des Marécages du Prince. Ce dernierest reproducteur en France à l’élevaged’Odile Foy- des Beldones et aussi en Angleterre chez Brian Hawkins - Brilyn.

* Tour de France : premier champion anglais portant mon affixe
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 Ch. Viking des Marécages du Prince
(Ch. Samhaven
Contradiction x She's The One des Marécages du Prince )- photo Roland Pic

 

En ce qui concerne les étalons actuels, je citerai Ch. Sandiacre Saved By The Bell. Il est le père de plusieurs champions et reproducteurs essentiels. Ch. Silence Is Gold des Marécages du Prince, parti à l’élevage du Clos de Seawind, et sa sœur She’s The One des Marécages du Prince, une chienne pilier de ma lignée sable. Enfin deux autres étalons sables importés d’Angleterre : Ch. Robbie Williams From Samhaven, père de nombreux champions et Ch. Touch Stone at Samhaven qui me rappelle beaucoup Samhaven Contradiction.


Je remercie également les filles issues d’élevages extérieurs. Elles ont construit mon élevage. For Your Eyes Only des Beldones, Ma Sœur Anne de la Vallée des Noyères,  Lynaire Vision of Love, Carostar Cool & Collected, Amalie Miss Forum et Blue Bell du Clos de Seawind. Merci  à leurs éleveurs de me les avoir confiées.

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Ch. Samhaven Contradiction et Ch. Carostar Cool And Collected
Photo Roland Pic
17. Etes-vous déjà allé en Angleterre ? A quel moment ? Quels enseignements en avez-vous retiré ?


Oui. Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était à Londres. J’avais dix-sept ans. C’était ma première visite à Crufts. A l’âge où tout le monde a honte de parler anglais devant les amis. Aujourd’hui, mon anglais n’a pas progressé, mais j’assume !


La première vraie visite Colley à Crufts, en tant qu’éleveuse, eut lieu en 1988. Je partageais la place arrière du véhicule avec une certaine Odile Foy. A l’époque, je ne la connaissais pas. Depuis, elle est devenue ma « sœur du Colley ». Par la suite, nous avons fait de belles tournées anglaises, plusieurs fois par an, en expositions et chez les éleveurs.


Nous y avons consacré du temps, trop souvent au détriment de la vie de famille ! Des voyages en Hollande aussi, à l’époque où il était encore « l’autre pays du colley » ! Nous avons fait des émules. Nous organisions au moins un voyage par an en Angleterre. Lors d’un de ces périples, nous avons visité onze élevages de colleys en quatre jours. Anne Socolovert et Roland Pic s’en souviennent encore !


Ces voyages ont été essentiels, car extrêmement formateurs. C’est très instructif d’être entre passionnés. Surtout lorsque certains possèdent plus de connaissances et d’expérience. En général, ils ne demandent qu’à transmettre leur savoir. Comment étudier des pedigrees si l’on ne sait pas à quoi ressemblent les qualités et les défauts des chiens qui les composent ? A une époque, je me rendais tous les trois mois en Angleterre. A chaque fois, je visitais au moins une exposition de championnat et un, ou plusieurs élevages.

Il faut savoir que Crufts n’est pas l’exposition anglaise la plus intéressante. Les juges choisis n’y sont pas souvent des spécialistes du colley. La plupart des éleveurs anglais rechignent d’ailleurs à y inscrire leurs chiens. L’exposition du British Collie Club a lieu une semaine avant Crufts. Jugée par des connaisseurs de la race, elle est souvent bien plus riche en beaux sujets.


Pour argumenter mon propos sur l’utilité de ces voyages et les applications qui peuvent en découler, je me souviens d’une certaine époque. Celle où je voyais sur les rings anglais de beaux sables à la couleur rouge, bien chaude, avec une belle expression caractéristique. Ils avaient en commun, à chaque fois, l’étalon Pelido Forgotten Dreams.


Je remarquais aussi des sujets intéressants issus de Geosan Flashback of Mallicot et d’Amalie Mild Affair. Afin de produire la même qualité à la maison, je décidais d’importer ces lignées inédites en France. D’où l’acquisition de ma chère Amalie Miss Forum, du beau Sandiacre Saved By The Bell et de mes premiers Samhaven, nouvel élevage de référence en Angleterre. Ils avaient tous, plusieurs fois, Pelido Forgotten Dreams dans leur pedigree.

Aujourd’hui, j’aime toujours autant voyager et partager, même si c’est différemment. Les races évoluent, ces échanges constituent donc un bon moyen pour nous, éleveurs, de se tenir informés. Ce qui change la donne, c’est internet, on peut y admirer des colleys instantanément, dans tous les coins du monde. Attention, par la suite, les déceptions sont possibles, le virtuel ne remplacera jamais le réel. Difficile de juger les allures et le caractère sur un écran, sans parler des logiciels de retouches photo !


Dans les années 90, les bons élevages se trouvaient presque exclusivement en Angleterre et en Hollande. Aujourd’hui, nous trouvons de beaux colleys un peu partout en Europe, mais aussi en Russie, ce qui ouvre des perspectives de voyages intéressantes !
 


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 Né en 1999, Sandiacre Saved By The Bell
 (Ch. Sandiacre
Sacre Bleu x Sandiacre Social Graces),
 lignée pelido Forgotten Dream…
18. Placez-vous facilement vos chiots chez de bons maîtres ? Ceux-ci vous suivent-ils pour faire valoir vos produits (expos, Agility) ?
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Régionale d’Olhain 2009, meilleur lot d’Elevage.
 De gauche à droite : Jean-Claude Agoutin, Caroline Bisconte, Anne Socolovert,
Christine Bisconte, Bruno Furiati et Christian Leson

Oui, heureusement ! C’est d’ailleurs génial de vivre l’évolution qui se produit parfois dans la relation éleveur-client. J’ai toujours détesté vendre mes chiots, c’est valable encore aujourd’hui ! Mon entourage m’a souvent dit que je n’étais pas très commerçante… Par contre, une fois la confiance gagnée, on apprend à se connaître, des affinités se créent, cela peut même, quelquefois, déboucher sur des amitiés durables. Certains de mes acquéreurs, éleveurs, ou particuliers, ont bien voulu se prendre au jeu de sortir en exposition leurs mâles ou leurs femelles, appelées familièrement « cagettes ». Ne cherchez pas, ce n’est pas dans le dictionnaire ! Je leur en suis extrêmement reconnaissante. Grâce à eux, mon élevage est aujourd’hui ce qu’il est, et ce, depuis des années.
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Ambiance expo en Régionale : Leslie Feldman et 3 Marécages !

 

19. Pratiquez-vous une discipline canine ? Fréquentez-vous un club d’éducation ?


Nous avons créé un club d’Agility à Chaumes-en-Brie, au sein même de l’élevage. J’ai été la première du club à obtenir un brevet. Cependant, j’ai dû arrêter de pratiquer. Au-delà de mon enthousiasme débordant pour l’élevage de colleys, je suis également mère de deux filles et chef d’entreprise…


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Une façon peu protocolaire de pratiquer l’Agility !
20. Etes-vous impliqué dans la vie du Club ?


Le manque de temps restreint ma participation à faire connaître le Club à mes acquéreurs de chiots. Mais, également, à les faire participer à la Régionale d’Ile-de-France. Eventuellement, à la Nationale d’Elevage. Enfin, offrir un bon nombre de coupes à la Régionale dont je dépends. De manière épisodique, je fais aussi des démonstrations de toilettage et j’écris quelques articles pour la revue.




21.
Quelles satisfactions tirez-vous de votre élevage ?


D’abord, cela répond à un besoin vital de vivre entouré d’animaux. Ce besoin a très probablement sa source dans mon enfance, je n’en cherche pas les raisons. L’élevage est, pour moi, une activité passionnelle créatrice. Il y a un côté artistique dans la création du « beau ». En même temps, c’est comme un jeu, un pari à chaque mariage, avec du suspens, de bonnes et de mauvaises surprises, rien de routinier ou de lassant.
 

Ensuite, on s’éprend d’une race, on apprend à la connaître. La suite logique est d’essayer d’atteindre des objectifs et, surtout, de s’y tenir. En principe, on obtient des résultats, fruits de beaucoup de patience, du facteur « chance », éventuellement, d’une once de talent. Les succès et les récompenses font oublier les nuits blanches, les biberons et les accidents de parcours.


Mais, le plus exaltant, à mon sens, est d’avoir sous les yeux, au quotidien, mes merveilles. Il faut bien avouer que je suis leur première admiratrice, fière aussi que d’autres personnes puissent les apprécier. Au quotidien, via internet, je reçois de nombreux témoignages de satisfaction de propriétaires. Ces retours me touchent et me font le plus grand bien. Par-dessus tout, ils m’encouragent à poursuivre l’élevage !


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Chiots de l’année 2001(photo Roland Pic)


22. Quelles sont vos désillusions, vos regrets ?



Des désillusions ? Il aurait d’abord fallu vivre des illusions ! Peut-être mon élevage de barbets m’aura-t-il bien préparée. En effet, je n’ai pas souvenir d’en avoir eu avec l’élevage ! Par contre, des déceptions, j’en ai connu. De la part de quelques propriétaires, voir, de certains collègues… ça fait partie du jeu !

 



23. Quels sont vos meilleurs résultats ? Vos plus grandes récompenses ?

 

Plus de 350 CACIB ou réserves. Plus de 115 titres de champions. Plus de 30 champions internationaux. 9 champions de France. L’affixe a remporté le titre de meilleur élevage au trophée du Club. Neuf fois Colley d’or et deux fois Colley d’argent sur les onze trophées existants. Mais également de nombreux Colleys d’or, d’argent ou de bronze, en individuel. Pour en finir avec les récompenses décernées par le Club, des titres de meilleurs reproducteurs ou de meilleures reproductrices.


Au niveau national, l’affixe a été élu 10 fois meilleur élevage de colleys au classement du Grand Prix tenu par ˝Vos Chiens magazine˝, patronné depuis 1998 par la Société Centrale Canine.

Victoire inoubliable, celle d’Edward au championnat du monde en Allemagne en 1991, avec une concurrence énorme. Carrière exceptionnelle que celle de la championne Take A Bow des Marécages du Prince, appelée Tzigane par sa maîtresse Fleur Veyrunes/Agoutin, de l’élevage du Bois des Amazones. Elle a gagné le Championnat du monde en Allemagne en classe jeune, celui du Luxembourg, le CAC de la Nationale d’Elevage Hollandaise, première chienne française à remporter ce prestigieux titre. Elle a remporté celui de championne internationale, vice-championne de France, à son actif, une vingtaine de CACIB. Dans le même temps, son frère, Ch. Tour de France des Marécages du Prince devenait le premier chien issu d’un élevage français à être sacré champion en Angleterre !
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Ch. Take A Bow des Marécages du Prince
(Ch. Samhaven
Contradiction x Orageuse et Ténébreuse des Marécages du Prince)- photo Fleur Veyrunes-Agoutin 
Au-delà des victoires en exposition, ma plus belle récompense est d’ouvrir mes mails le soir et de découvrir des témoignages comme ceux-ci :
« Il est super, il a été propre quasiment deux jours après son arrivée. Il a déjà fait deux séances de l'école des chiots où il fait l'admiration de tous un peu pour son côté peluche mais plus encore pour son côté à l'aise en toute circonstance.Il a commencé à se balader dans les champs samedi, je m'attendais à ce qu'il s'arrête en cours de route mais il a fait la ballade entière. Sinon il joue les grands chiens en montant la garde dans son jardin, où il fait une exposition de jouets permanente, car dès qu'un jouet lui plait bien il va le promener dans son jardin. Enfin en un mot il est génial ! » (Danielle, propriétaire de Fletwood Mac).

 

Ou encore celui d’Elizabeth, propriétaire de Full of Joy :
« Un rêve éveillé ! ... Joy n'est pas farouche, sociable ... elle n'a aucune crainte... Après avoir inspecté les lieux en large et en travers, y compris le jardin en suivant Chester, elle s'est installée  sur son coussin en toute sérénité.  
Nous dinons toujours dans la salle à manger et Chester sait qu'il n'a pas le droit d'y entrer et reste dans le salon tant que nous n'avons pas fini le repas. Pour ne pas avoir à privilégier dès hier, la petite, je l'ai enfermée non loin dans la cuisine... Certes,  nous n'étions pas loin mais elle n'a pas pleuré. Avec Chester, aucun souci... il la surveille ... elle le suit. Comme tout se passait au mieux... je les ai laissés ensemble cette nuit sans problème. Parfait. 
Elle fait le bonheur de toute la famille ».
24. Quel est votre meilleur souvenir cynophile ?


Mon meilleur souvenir ? Difficile de choisir. Toutefois, celui-ci revient souvent à mon esprit. Je venais de subir une opération chirurgicale très douloureuse. Après une absence de plusieurs jours, je rentrais donc de l’hôpital. A peine arrivée à la maison, ma chienne Indie a commencé à avoir des contractions. Elle était à terme. Visiblement, elle m’avait attendue. Avec beaucoup de difficultés, et de douleurs, notamment au niveau des points de suture de ma cicatrice, j’ai aidé à sa mise-bas. Ma convalescence devait se dérouler alitée. Elle a consisté à élever les chiots au biberon pendant trois semaines. La pauvre Indie n’a pas eu une seule goutte de lait. Les premiers jours ont été un enfer. Mes proches ne comprenaient pas mon comportement. Les chiots ont tous survécu. Parmi eux, un petit phénomène, La Petite Sirène des Marécages du Prince. Elle a fait une sacrée carrière. Parmi ses succès, une vingtaine de CACIB et plusieurs titres de championne !

 

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Ch. La Petite Sirène des Marécages du Prince
(Ch.
Just Mine Macho de Karlisa
x Ch. Indie Blonde des Marécages du Prince)- photo Roland Pic 
25. Quels conseils donneriez-vous à une personne souhaitant se lancer dans les expositions ?


De ne surtout pas se précipiter. Dans un premier temps, de participer à plusieurs expositions dont La Nationale d’Elevage. Y choisir un éleveur doté d’un réel potentiel de cession d’un beau chiot. De préférence, opter pour un éleveur ayant déjà vendu plusieurs sujets devenus champions, chez des particuliers et chez d’autres éleveurs. En résumé, un éleveur ayant fait ses preuves ! Pour le reste, il suffit de suivre à la lettre ses conseils. Le chiot devra être préparé avec rigueur. Pas de chiot obèse. Un bon entretien. La surveillance du port d’oreille, l’éducation à la laisse, etc.

 

Dans un second temps, de participer aux premières expositions, si possible, en compagnie de l’éleveur. De préférence, démarrer son chiot en classe Puppy. Ne pas se décourager. Ne pas croire la victoire réservée aux seuls éleveurs, ils sont seulement plus habitués à optimiser le toilettage et la préparation de leurs chiens. Tout cela s’apprend. Le toilettage du colley n’est pas celui d’un scottish-terrier. Pas besoin d’être toiletteur pour mettre en valeur un colley. Un chien appartenant à un particulier, dont c’est le premier colley, peut briller dès sa première sortie. Pour illustrer ce propos, je prendrai l’exemple de ma femelle bleue Daisy. Pour sa première sortie, alors que ses maîtres la faisaient juste participer pour la faire confirmer, elle a fait le Best In Show à la Régionale d’Elevage à Dagny en 2010.

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Daisy des Marécages du Prince (Perishell Arabien Mistery x Avalanche Bleue des Marécages du Prince)
appartenant à la famille Jacob, 1ère sortie en Régionale d’Elevage : Best in Show !

 

Bon nombre des champions de mon élevage appartiennent à des particuliers. Quand je vois comme Leslie Feldman présente sa championne Angie Blonde des Marécages du Prince, c’est fantastique ! Je n’ai rien à redire. Elle gagne en France et à l’étranger sans que je sois présente !

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Leslie Feldman avec Edition Limitée des Marécages du Prince, deux débutantes qui ont fait du chemin !
26. Quelles recommandations vous paraissent utiles de suivre pour une personne envisageant une première portée ?

 

L’élevage est un métier, une vocation, une lourde responsabilité. Des vies nous sont confiées.

 

Pour permettre à des chiots de se développer à leur aise, il leur faut de la place et des équipements. La personne envisageant une première portée doit avoir conscience de la difficulté de vendre des chiots. Si c’est pour les brader de 500 à 700 euros, voire moins, sur des petites annonces entre un vélo et un jeu vidéo, autant s’abstenir ! Les SPA sont pleines.

 

Je recommanderai donc de suivre scrupuleusement les conseils de son éleveur, s’il est un spécialiste. De lire les quelques livres de référence indispensables (Faire reproduire son chien ou sa chienne – Alain Fontbonne). D’utiliser, sans modération, des sites comme www.collie-online.com. Voilà quelques éléments qui permettront sûrement à un débutant de s’émerveiller devant de beaux bébés, sains, équilibrés et de leur trouver de gentils maîtres !
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Trouver de gentils maîtres avant tout !
27. Réflexions personnelles, mot de la fin ?

 

Je voudrais remercier mes adorables toutous d’avoir à supporter mon « caractère de chien ». Je leur dois tant de bonheur ! Je remercie également les éleveurs français et anglais. Ils ont façonné l’éleveuse que je suis devenue. J’ai consacré tant d’années à cette merveilleuse race. Sans vouloir revenir à l’apogée de la race des années « Lassie », cela me permet, aujourd’hui, d’avoir le recul suffisant pour percevoir une évolution inquiétante.

 

Je constate, en effet, avec désolation, la baisse permanente du nombre des naissances. Je déplore la réputation de chien craintif, voire stupide, attribuée au colley par le citoyen lambda, lequel pense également, à tort, que son entretien est des plus difficiles. Je suis très surprise de voir les jeunes générations identifier des races comme le berger australien, ou le berger blanc suisse, sans même connaître le colley. A ma dernière exposition, j’ai entendu plusieurs visiteurs s’exclamer « oh les beaux shetlands ! », alors qu’ils désignaient des colleys de taille tout à fait standard.

 

Pour ma part, je pense qu’il faut surfer sur la « vague Internet ». Cet outil représente un pouvoir à notre portée pour remettre les choses à leurs places, il faut en profiter. C’est-à-dire communiquer sur la race, faire savoir qu’elle est d’un caractère facile, informer et instruire sur sa santé et son entretien. Je suggère également d’organiser des petites séances de formation lors des expositions régionales d’élevage. Je me souviens avoir animé, à la Queue-les-Yvelines, une démonstration de toilettage, entretien et préparation aux expositions. Les spectateurs m’ont remerciée et semblaient très attentifs.

 

On pourrait aussi imaginer une formation donnée par un juge, avec commentaires sur le standard. Ceci permettrait d’apprendre aux intéressés, éleveurs ou particuliers, les points les moins faciles à cerner lorsque l’on débute. Je pense aux angulations de l’avant-main, au déplacement des membres aux allures, etc. 

 

Les années n’entament pas mon enthousiasme. Je pense que le colley doit retrouver rapidement une place parmi les races les plus aimées du public. Pour ma part, je m’y emploie au quotidien. Je ne peux m’empêcher de conclure cette interview sans énoncer cette phrase qui me vient toujours à l’esprit à propos du colley :

 

 

« Parce que vivre avec un chien doit rester un plaisir, choisissez un colley ! »
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